dimanche 22 août 2010

La Skyline Drive et la Vallée de la Shenandoah, en Virginie, USA

 Voici le journal de bord de mon plus récent voyage à vélo. Cette année, je suis allé faire un tour du coté de la Virginie aux USA.  Je ne suis pas allé sur la côte mais plutôt du coté nord-ouest, tout près de la Virginie occidentale.

Voici un extrait de ce qu'en dit Wikipedia:

"The Shenandoah Valley is both a geographic valley and cultural region of western Virginia and West Virginia in the United States. The valley is bounded to the east by the Blue Ridge Mountains, to the west by the eastern front of the Ridge-and-Valley Appalachians (excluding Massanutten Mountain), to the north by the Potomac River and to the south by the James River. The cultural region covers a larger area that includes all of the valley plus the Virginia highlands to the west, and the Roanoke Valley to the south. It is physiographically located within the Ridge and Valley province and is a portion of the Great Appalachian Valley."

 Et pour la Skyline Drive:

"Skyline Drive is a 105-mile (169-km) road that runs the entire length of the National Park Service's Shenandoah National Park in the Blue Ridge Mountains of Virginia, generally along the ridge of the mountains. The scenic drive is particularly popular in the fall when the leaves are changing colors. Annually, over two million people visit the Skyline Drive, which has been designated a National Scenic Byway.

As the name suggests, the road takes a winding path along the mountaintops of the Blue Ridge Mountains east of the Shenandoah River. There are nearly seventy-five overlooks throughout the drive. Some of the most spectacular views of the valley can be seen. During the drive (especially in early morning and late evening) wildlife can be seen on the road. Interestingly, Shenandoah National Park has one of the densest populations of black bears documented within the U.S., although these bears stay deep in the forest.
Apart from the drive, one can hike and camp. There are numerous trails throughout, including a portion of the Appalachian Trail, which follows the road's path. Biking and horseback riding are other recreational activities which are allowed on the road. There are also visitors centers, cabins for rent, and even restaurants (the one at the Skyland Lodge gives diners a spectacular vista of the valley south of Luray).
There is a tunnel named "Mary's Rock Tunnel" at mile 31 of the drive. The clearance is 12'8" (3.8 m). It is 670 feet (203 m) long.
At Rockfish Gap, the Blue Ridge Parkway begins, and continues a similar path along ridge tops through Virginia and into North Carolina, terminating at Great Smoky Mountains National Park. Though the land immediately around the parkway is protected by the National Park Service, much of the parkway goes near private land, but it is, nonetheless, quite rustic and charming.

Begun as a Works Progress Administration (WPA) project during the Great Depression, construction of the Skyline Drive was both difficult and dangerous. Huge cuts were made into the sides of knolls and peaks to allow for a road wide enough to handle traffic. The work began in 1931, and the final section (from Swift Run Gap to Rockfish Gap) was completed and opened in 1939. The Civilian Conservation Corps also had a hand in the construction of Skyline Drive. The CCC graded the slopes on both sides of the roadway, built guardrails, constructed overlooks, and planted thousands of trees and shrubs along the parkway.
Since user fees are charged at entry points along the Skyline Drive, the Drive is sometimes mistaken as a toll road. The fee, however, is not a toll charged to drive on the road, but rather to enter, and enjoy, the park. A $15.00 pass is valid for up to seven days (as opposed to charging by the mile, or by the day, as toll roads do).
Already a National Scenic Byway, in October 2008, it was announced that the Skyline Drive has been designated a National Historic Landmark. [6] It had already been inscribed on the National Register of Historic Places in 1997.



Vendredi 30 juillet

Je quitte le bureau vers 15h30.  Tout mon matériel est déjà dans l'auto, je peux partir en direction de la Virginie.

Je passe par la 401 en direction de Kingston pour rejoindre la 81 aux États.  Voici le trajet:

Le passage au dessus des milles-Îles par le "Thousand Islands Bridge" est magnifique.  Le passage est 2,50$ US ou CAN.  Il y a 2 ponts et la frontière est entre les 2.

Le passage se fait sans embûche, avec une attente de 20 minutes, sauf que je n'ai plus beaucoup d'essence, je roule sur la réserve ce qui me rend nerveux.  Le douanier américain me demande 3 fois si j'ai des fruits ou des légumes frais à bord.  Il ne semble pas comprendre "No, dry food only", "Dehydrated stuff".

Je roule jusqu'à Watertown, où j'avais l'intention d'arrêter pour la nuit mais il est tôt puisque j'ai quitté le boulot plus rapidement que prévu.  Je soupe là et je continu jusqu'à Binghamton, NY, à mi-chemin de ma destination. Dodo dans un Quality Inn.



Samedi 31 juillet, Mathews Arm, 28km


Je quitte Binghamton tôt, direction Front Royal.  Je suis en avance sur l'horaire.  Originalement, je prévoyais arriver en fin de journée à Front Royal et commencer la randonnée le lendemain. 

Si tout va bien, le départ se fera aujourd'hui même. Je pourrais faire Front Royal/Mathews Arms Campground aujourd'hui.

J'arrive à Front Royal vers14h. Je me dirige vers l'entrée du parc. En chemin je cherche un endroit pour laisser l'auto.  Je ne vois pas trop où stationner la voiture. 

Finalement je continue jusqu'au centre pour visiteurs de Dickey Ridge, juste avant le milepost 5, où je pourrai laisser ma voiture dans le stationnement pour la semaine.  Ça fait que je n'aurai pas grimpé toute la montée de Front Royal au sommet de la Skyline (16km de montée selon un article apparu dans La Presse ce printemps), mais bon, on me pardonnera sûrement ce petit accroc à la rectitude cycliste.

 Je m'active aux derniers préparatifs: montage de sacoches, décision finale sur la répartition des bagages pour équilibrer le vélo, lumières, pompe à air.  Quoi faire avec mon porte-feuille, mon passeport, clé d'auto et manette de démarreur. Je n'apporte que la clé, juste assez pour débarrer l'auto à mon retour.  Le passeport et le porte-feuille réduit à son stricte minimum voyageront dans la sacoche de guidon qui ne me quitte jamais... La décision cruciale: to IPod or not to IPod ? Je l'emporte (en oubliant les écouteurs dans une petite sacoche de taille que je décide de ne pas emporter...).

C'est le grand départ !

J'avais monté un bon bout du dénivelé en me rendant au centre de visiteurs à 1940 pieds mais ça monte encore.  D'abord jusqu'à Compton Gap, 5 milles plus loin après le milepost 10,  à 2450 pieds, avec un répit à Jenkins Gap, 2 milles plus loin à 2355 pieds. 

À peine parti, je m'arrête déjà pour contempler et photographier les premiers paysages à partir de ces belvédères. La perspective est impressionnante, avec l'altitude, la vallée tout en bas, l'humidité qui voile la vue, et la chaine de montagnes de la Georges Washington National Forest au loin.

Ensuite, une montée sans relâche jusqu'à Hogback Overlook, au milepost 20, à 3385 pieds. 1000 pieds de montée étalés sur plus de 8km.  Un peu plus de 4% de pente en moyenne.

Les montées se font bien, sur la "granny gear", à 8-9 kmh.  À l'oeil, des côtes à 6-9%.  Je me rends compte à la longue que j'essaie d'aller trop vite. À 8-9 kmh, en moulinant rapidement, les côtes s'avèrent interminablement longues. Je me fatigue et ça joue sur mon moral.


Il faudra que je m'habitue.  Ici, inutile de "donner un coup" pour monter les côtes comme on le ferait au Québec, où elle sont en général courtes et à pic.  Graduellement. je baisse ma vitesse - 6 ou 7 kmh sont amplement suffisant.  Au bout du compte, l'effet sur le temps est négligeable et à cette vitesse, je pourrais monter toute la journée sans m'épuiser.

Ensuite c'est la descente vers Mathews Arms Campground.  Wahooo! La vitesse monte: 35, 45, 55 kmh. 

Le camping se trouve à près d'un km de la route, en bas d'une côte qu'il faudra remonter demain !  Un camping rustique, pas de douches, toilettes, quelques points d'eau potable et pas de signal cellulaire.  La préposée à l'entrée me conseille de prendre un des emplacements près des toilettes, où se trouve un poteau pour accrocher la nourriture - c'est un territoire sauvage où l'on doit se méfier des ours et autre bibittes.

Curieusement, l'excitation du début fait place à un "blues" indéfinissable.  J'ai l'impression de déjà souffrir de la solitude.

En montant la tente, je m'aperçoit quelle a souffert de son dernier voyage.  En plus d'être restée paquetée dans son sac compressible (et compressé) toute l'année, je me rends compte qu'elle n'était probablement pas sèche quand je suis revenu d'Ontario.  Des odeurs de moisi sont au rendez-vous. De plus, la toile du toit déchire quand je passe la baguette qui forme les pignons des vestibules - oups !  Ça s'annonce mal.

Au repas ce soir, macaroni et sauce napolitaine.

C'est la fin d'une longue journée: 515km et 5h30 d'auto, 28km de vélo à 10kmh de moyenne.



Dimanche 1er août, Lewis Mountain, 62km


Je me lève tôt, surpris d'avoir bien dormi au cours de cette première nuit de camping.  Il faut dire que j'ai employé des bouchons pour les oreilles qui ont fait merveilles.  Il s'agit de petits cylindres de mousses jaunes compressible qui bloquaient presque complètement le bruit assourdissant  des criquets et des très nombreuses cigales.  Malgré tout avec le déjeuner, le paquetage et tout, mon départ est relativement tardif comme d'habitude, 9h30.


Il faut dire que la tente avait besoin d'être séchée à cause de la rosée.  En plus, le plancher prends l'eau et l'humidité du sol mouille celui-ci sous le matelas de sol.  Pour la première fois, cette année, j'ai décidé de ne pas emporter le sous-plancher de la tente (le "foot print").  Ça s'annonce mal.  À classer dans la catégorie des "J'aurais donc dû".

Je me rends compte aussi à quel point le fait de sécher la tente en la frottant avec une serviette ou une éponge, affecte le tissu et son étanchéité.  Par contre, je ne peux attendre qu'elle sèche toute seule et je ne me vois pas arrêter au bord de la route pour déballer la tente et la faire sécher au soleil plus tard.  Tant pis, il faudra que je trouve produit imperméabilisant au retour.

Une longue journée de vélo m'attends aujourd'hui.  Destination Lewis Mountain 36 milles d'ici (55km).  Si la journée d'hier est représentative, cette distance pourtant faible sera longue à parcourir. 

De Mathews Arms, il faut remonter sur la Skyline.

J'arrête en passant à Elkwallow pour une collation.

De là, ça descend sur quelques km jusqu'à Thornton Gap à 2300 pieds.  Ensuite, une longue montée vers le point le plus haut de la Skyline, à Thorofare Overlook, 3680 pieds.  Près de 1380 pieds sur 10 milles, dont 1000 pieds sur les premiers 5 milles pour atteindre Pinnacles Overlook.



Ça fait 16 km de montée sans relâche et ça me joue sur le moral.  En plus, lorsque la pente n'est pas trop forte, on dirait que la perspective me fait oublier que je monte, et j'ai l'impression de forcer sur du presque plat. 

Les blues d'hier reviennent. Je devrais être parfaitement heureux mais il manque quelque chose d'indéfinissable à mon bonheur.  J'en viens même à me demander si j'aime encore voyager à vélo.

Le tunnel à Mary's Rock se traverse sans encombre - après avoir pris soin d'allumer mes clignotants, mis mon coupe-vent vert fluo et attendu qu'il n'y aie plus de trafic en vue...

Peu après, je rencontre un couple qui semble avoir beaucoup voyagé à vélo.  Tout 2 équipés de Surly LHT, on parle vélo un bon moment sur le bord de la route. Je décris à l'homme le tour de la Gaspésie, qu'il songe entreprendre.  Ensuite, sa femme nous rejoint et on parle vélo encore un peu. Il ou elle sont apparentés aux Dutils qui ont fondé Canam Manac.  D'ailleurs, pas plus de 30 secondes après nous avoir rejoint, la femme me demande ce que je fais dans la vie, ce qui à toujours l'effet d'éteindre un peu mon enthousiasme.  En voyage comme ça, je préfère parler vélo que boulot.  Peu importe !  Il fait beau et je suis content de rencontrer des cyclistes.

Les montées sont longues mais heureusement les descentes aussi.  Je me laisse aller allègrement lorsqu'elles surviennent.

Les bouts plats et droits sont inexistants, au point ou je suis tout surpris et amusé lorsque survient un section droite avec un ligne jaune pointillée !

D'ailleurs, le trafic est très présent tout au cours de ce voyage.  Je m'attends à un peu moins de véhicules demain, après le week-end.  En général, il y a beaucoup d'automobiles, des camper, RV et "Fifthwheel".  Beaucoup de motocyclistes avec trailer et valises aussi.  Curieusement, je croise plusieurs Prius.  Les hybrides sont-ils à la mode chez les amants de la nature ?

Le vélo se comporte superbement.  Rigide et facile à garder en équilibre à faible vitesse, stable en descente, comme sur des rails.  Il n'a pas cette tendance à osciller ("shimmy") qu'avait le Caribou.  Un vrai plaisir.
Je fais des arrêts fréquents, à tous les belvédères, pour admirer le paysage, prendre des photos et me reposer.  J'ai le sentiment que toutes mes photos seront semblables et qu'il est inutile d'en prendre à chaque fois mais peu importe, je m'amuse.

Je croise un ours qui traverse la route devant moi.  Il est déjà disparu dans la nature quand j'arrive près de l'endroit où il a traversé.


Ensuite, c'est une belle tortue qui tente de traverser la route - périlleuse aventure !

Les chevreuils sont nombreux et peu farouches.

Bizarre comme la beauté peut devenir monotone.  C'est d'ailleurs le seul défaut de cette endroit, celui d'offrir à chaque arrêt, à chaque courbe, le même spectacle.  Ça, les camping un peu spartiates et le faible choix en matière de restaurants.

Les endroits pour se restaurer sont peu nombreux: snack-bar appelés "Wayside" et "camp store" à Elkwallow au milepost 24, tout près du départ de Mathews Arm, ensuite Skyland au milepost 42, supposé offrir aussi une auberge et un bon resto que je n'ai pas pris le temps d'explorer à cause du timing qui ne s'y prêtait pas. Ensuite Big Meadows, snack-bar et "camp store",  au milepost 51, et Loft Mountain,  au milepost 80.

Mais j'écris ceci une semaine après la fin de mon voyage et déjà, je ne me souviens déjà plus exactement ou je me suis arrêté, faute de l'avoir noté.

Tout de même, je me souviens que j'ai mangé à Big Meadow, après avoir marché le petit sentier vers "Dark Holow Falls".  La petite chute est jolie mais peu impressionnante à cette date par manque d'eau.




Mais le temps passe vite et je me retrouve en début d'après-midi avec encore beaucoup de km à faire.

Après Thorofare Overlook, ça descend lusqu'à Skyland et ensuite, je roule sur une section relativement plate jusqu'à Lewis Mountain, ou l'altitude se maintient autour de 3200 pieds.

En fin de journée, le temps se fait plus menaçant et l'horizon se bouche avec des nuages bas et un peu de brouillard.

J'arrive à Lewis Mountain Campground à 19h30.  Il devrait y avoir un "Campstore" mais tout est fermé depuis 18h, ouverture à 9h le lendemain.  On doit payer le camping en mettant de l'argent dans une enveloppe et la glisser dans une boîte prévue à cet effet.

Comble de malheur, les douches sont payantes et je n'ai pas de monnaie. Ni l'argent exact pour payer le site de camping.

Finalement, je me lave à la débarbouillette, dans la toilette pour handicapés, avec de l'eau chaude du robinet dans ma gamelle. Ça l'air pire que c'est !  En fait, j'étais bien installé pour les circonstances.



Lundi 2 août, Waynesboro, 88km


Après une nuit pluvieuse, encore une fois, je constate le manque d'étanchéité de ma tente.  La tente doit être soigneusement essuyée pour la débarrasser de toute l'eau sur la toile du toit et aussi d'un peu d'eau à l'intérieur, dans les coins.


Je me lève très tôt, contrairement à mon habitude et malgré cela, je quitte vers 8h30, dans le brouillard.  Rien à faire, le matin, il me faut un minimum de 1h30 à 2h pour me lever, déjeuner, essuyer la tente et tout rempaqueter.

Je ne me donne pas la peine de payer le camping, car il aurait fallu que j'attende jusqu'à 9h.  De toute façon, 15$US et incapable de prendre une douche, ça me semble trop cher payé.

Un autre détail, il n'y a pas de sites avec électricité.  Les RV sont munis d'unes génératrice et les heures d'utilisation sont contrôlées.

Impossible de recharger les bidules électroniques sauf si vous croyez en votre bonne étoile et que vous laissez votre chargeur et le bidule en question à la vue, branché dans une quelconque prise de courant qui se trouvent dans les toilettes par exemple.

Le brouillard enveloppe les montagnes et je pars vers ma destination de la journée, Waynesboro.  Je roule dans la ouate.  On ne voit rien sur les belvédères, l'horizon est bouché.



Le brouillard s'intensifie et parfois il semble qu'une légère bruine tombe.  Je roule avec mes clignotants allumés en avant et en arrière.

Mes blues d'hier se sont estompés.  L'instant est un peu magique.  Les 2 premières journées étaient chaudes, ça fait du bien cette fraîcheur matinale.

Comme prévu, il y a moins de monde sur la route en ce début de semaine.  Le parcours est plus facile aussi.  J'amorce la descente vers Swift Run Gap à 2637 pieds, suivi d'une petite montée vers Big Run Overlook, 2860 pieds.  Ensuite une descente rapide vers Simmons Gap à 2250 pieds.  Il faut alors remonter vers Loft Mountain pour le lunch à midi, 2860 pieds au milepost 79. 

Vers 14h, le brouillard se lève et la chaleur revient avec le soleil.

Une autre descente excitante m'attends à la sortie de Loft Mountain vers Trayfoot Overlook à 2330 pieds.  Il faudra remonter bien sûr, tout n'est pas fini. Un dernier effort pour atteindre la région de Crimora Lake - Wildcat Ridge, Moormans River Overlook, à 2980 pieds au milepost 87.

Ensuite, la grande finale, la longue descente vers Rockfish Gap à 1900 pieds.  L'air se réchauffe et je traverse des bouffées de chaleur à mesure que je descend.  J'apprécie ces derniers moments sur cette belle route.  C'est fait, la Skyline est terminée.

De Rockfish Gap, ça descend encore vers Waynesboro en suivant la 250.

J'aperçois au passage un magasin de sport, Rockfish Gap Outfitters dont j'avais noté l'adresse lors de mes recherches par internet.  Je ne m'y arrête pas, bien que j'aurais besoin de produit pour étancher ma tente. Je préfère entrer en ville et trouver un hôtel et un endroit pour souper.

J'arrête au Quality Inn où je rencontre Johanne ? et Jim.  J'ai malheureusement oublié le nom de la dame.  Tout juste à la retraite, ils avaient entrepris une longue randonnée de marche de plusieurs mois les amenants entre autre le long de la Appalachian Trail, qui s'est arrête soudainement quand Jim est tombé malade.  Ils étaient en attente de résultats d'examens médicaux et coincés à l'hotel.  Ils soupçonnaient la Lyme desease.

Ils avaient aussi fait pas mal de vélo et étaient heureux d'avoir quelqu'un avec qui jaser.


Mardi 3 août, Sherando Lake, 35km


Le lendemain, je me mets à la recherche d'une carte plus détaillée que la State map que j'avais.  Je voulait suivre les routes secondaires pour mon retour à travers la vallée.  J'étais inquiet de ne pas pouvoir m'y retrouver à travers le dédale de chemins de campagne qui parsème celle-ci.  Je me doutais aussi fortement que la grande route, la 340, serait trop passante puisqu'il s'agit de la route principale qui circule du nord au sud.  Je m'attendais à une route à 2 voies, à circulation rapide et des camions.

Une femme qui s'était offerte pour surveiller mon vélo pendant que je magasinais dans une pharmacie m'a plus tard croisé à nouveau et m'a indiqué qu'elle avait vu des cartes à une station service plus loin. Quelle gentillesse !

Malheureusement, les cartes en question ne s'avérèrent pas plus précises que ce que j'avais déjà. 

Tout ce temps perdu n'est pas bien grave puisque j'avais prévu une petite journée de vélo pour ce jour là.  Je prends le temps de me promener à travers la ville et de flâner dans un beau parc sur le chemin vers ma destination de la journée.
En fait, hier soir, j'avais complètement revu ma planification et pris la décision de ne pas descendre beaucoup plus au sud comme prévu.  Je voulais initialement remonter sur la Blue Ridge Parkway et continuer jusqu'à hauteur de Natural Bridge Station.  Craignant un retour trop tardif à mon point de départ et devant mon moral chancelant des premiers jours, j'ai décidé d'écourter mon voyage.



Ma nouvelle destination pour cette journée serait Sherando Lake, à 25km de Waynesboro.  J'avais lu un journal d'un cyclotouriste qui en disait du bien. Ensuite, j'amorcerais le retour vers le nord.

J'ai donc repris le chemin inverse en sortant de Waynesboro en direction de Sherando Lake via la 624 et la 664.

Une route relativement tranquille, à travers la campagne, jusqu'à ce qu'on entre dans la George Washington Forest, ou la route redevient "une route de parc", en forêt.

Sherando Lake s'avère très agréable, un beau lac, des terrains sablonneux, douches etc.  Très familial aussi.


Je m'installe par hazard à coté du "Campground Host".  Un habitué, souvent un campeur saisonnier qui agit comme bénévole et à qui on peut s'adresser en cas de problème. 

Après m'avoir observé à me préparer à souper - Des macaronis, sauce aux tomates séchées Knorr et beef jerky, il me lance un commentaire du genre "I ain't ever seen someone cook so much !"  Coté culinaire, on partait de loin....

Après un brin de jasette, il retourne à sa tente et c'est là que j'allume - toujours un peu en retard dans ces cas là.  Je m'en vais lui offrir une portion de mon repas qu'il accepte en échange d'une bière. Il me conte un peu sa vie.  Il vit de l'équivalent de l'aide sociale, a passé sa vie dans les mines.  Un vécu à des lieux de ce que j'ai pu vivre.

La soirée terminée, c'est l'heure du dodo dans ma tente qui prends l'eau et des orages qui commencent.  Cette fois, c'est le déluge.  La tente coule par le toit, le long de cette baguette qui passe en travers et l'eau me dégoutte sur le bedon !  Je trouve la solution en étendant mon imperméable sur le toit.  Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi j'aime camper ? Tout ça m'amuse.



Mercredi 4 août, Elkton, 103km


Je me réveille après ce qui fut malgré tout une bonne nuit. Départ à 10heures de Sherando Lake après l'essuyage de la tente et les photos souvenir.


Aujourd'hui, je dois passer une épreuve.  J'ai décidé de remonter vers la Blue Ridge Parkway en prenant le chemin le plus court,  c'est à dire la 664. 

Tout simplement pour pouvoir dire que j'ai roulé sur la Blue Ridge Parkway.  Qu'est-ce qu'elle a de spécial cette route ?  J'en avais entendu parler bien avant la Skyline et elle se trouvait dans mon "Bucket List".  Ensuite, elle fait 475 milles de long, avec moins de services encore que la Skyline.

Ce chemin, du lac vers la Blue Ridge Parkway, c'est 7,5 km et 1000 pieds de dénivelé,  concentrés dans le dernier 3 km, ce qui veut dire une moyenne de 10% - la plus grosse côte de ce voyage.

Tout commence avec une côte à monter et redescendre pour sortir de Sherando Lake et rejoindre la route principale.  Ensuite je bifurque sur la 664 et 1 km plus tard, le fun commence.

Je monte à 5 kmh, en petite vitesse évidemment. La route est en lacets, avec quelques plateaux offrant une pente moins abrupte.

Un petit détail que j'allais oublier: il fait chaud !  Près de 90% d'humidité, une température sûrement dans le haut des 80F.

Les prévisions annoncent une vague de chaleur pour les prochains jours, 94-95F et des orages.

Je monte sans relâche, passant sous l'oeil incrédule d'un résident du coin.

À mi-chemin, je croise une cycliste qui se prépare à partir. Elle me rejoint un peu plus loin, peinant et souflant sur son vélo "racer", alors que je suis chargé comme un mulet sur le mien ( petite tape dans le dos virtuelle).  Pendant que je me repose, son père la rejoint, marchant à coté de son vélo. Son père ? Un homme de mon âge environ (autre tape dans le dos).  Ils marchent vers le haut pendant que je continue mon arrêt syndical. Je les rejoint au moment où ils arrivent à la Blue Ridge Parkway.  Victoire!  Je l'ai montée cette côte.

J'ai déjà vu pire, mais pas sous cette chaleur/humidité, ni aussi longue.

Et tout ça pour simplement rouler sur la Blue Ridge Parkway ! Mais ce sont quelques instants de bonheur.  L'ombre sur le bord de la route est fraîche, la nature est belle, l'accotement est couvert de mousse, signe de l'humidité constante dans ces montagnes.

La fameuse Blue Ridge Parkway




Et après quelques km, déjà, c'est la descente vers Waynesboro.

Après avoir hésité un peu, j'arrête au Rockfish Gap Outfitter pour regarder ce qu'ils ont en fait de produit pour étanchéiser la tente.  Je calcule qu'en principe je ne devrais pas en avoir besoin puisque je ne devrais plus camper d'ici la fin du voyage. Mais comme on ne sait jamais...

Finalement, ce n'est pas ce produit qui capte mon attention mais un beau stand, plein de cartes de toutes sortes.  Les cartes de randonnée du National Geographic retiennent mon attention.  L'échelle de 1:75000 est parfaite.  Ils ont une carte de la vallée de la Shenandoah !   En plein la carte que je cherchais - plastifiée en plus.
Je discute un peu avec le vendeur pour trouver la meilleur carte et aussi le meilleur chemin pour revenir par la vallée.

Je sort du magasin le coeur léger, un poids de moins sur les épaules.  Je me rends compte que l'absence de chemin précis, mon incapacité à trouver une carte vraiment utile jusqu'à présent me stressait sans que je le sache vraiment.  L'idée de suivre la 340 - la route principale - de peur de me perdre ne me plaisait pas du tout.

Tout ça est terminé. Grâce à cette carte et aux conseils du vendeur (désolé, j'ai oublié son nom,) je sais ou passer.

Ça vaut amplement une plogue:    rockfish gap outfitters

Ma destination pour le reste de la journée est donc Elkton.

J'éviterai autant que possible la 340 en passant à l'ouest par la 865 en direction de Grottoes.  La route est belle, parfois boisée, vallonneuse, à travers une belle campagne avec les Blue Ridge Mountains en arrière plan.


Quand j'arrive à Grottoes, les visites des cavernes au Grand Caverns Regional Park sont terminées pour la journée.  Tant pis, ça fait une belle aire de repos pour un arrêt avant le dernier bout vers Elkton.

Je continue, un peu sur la 340, la 754 aussi, et j'arrive à Elkton en fin de journée.

La ville est déprimante et ne semble pas offrir grand chose.  J'arrête un jeune homme et lui demande un conseil pour un resto et un motel.  On se met à jaser hiking et vélo.  Je ne me rends pas compte que dans mon dos, de gros nuages noirs arrivent et c'est lui qui m'avertit de l'orage imminent.

Je n'ai que le temps de filer vers un motel qu'il m'a indiqué et à peine suis-je arrivé que c'est le déluge - sauvé !

Pas de problème pour le souper non plus, Dominoe's fait la livraison.

Une grosse journée se termine ainsi.  Difficile, il a fait très chaud: 95F. 

Mais la route était si belle!  Demain, une journée facile.


Jeudi 5 août, Luray, 47 km



Je continue mon chemin, pas pressé, en évitant la 340 autant que possible.  Petite journée aujourd'hui, et je devrais avoir le temps de visiter les cavernes à Luray.

Je prends la 635 et la 602 qui s'avèrent très agréables.  Ensuite ça se corse quand j'arrive à Steam Hollow en terrain montagneux.  Je rejoins la 650 qui longe la rivière. Un petit coin de paradis.

Je rentre à Luray par la 616 et la 211.

Je dois attendre avant de visiter les cavernes.  J'ai beaucoup trop chaud pour aller  sous terre, où la température ambiante est dans les 55F.

Et puis, il faut que j'ai l'air un peu plus "civil".

J'enfile un short par dessus les cuissards, change de souliers et passe un t-shirt avant d'aller dîner au snack-bar.  Très cher et franchement minable.  Mais ça me laisse passer le temps.

Le vélo barré, je m'enligne vers la visite des cavernes - 23$ avec audio-guide inclus. 

Wow ! fantastique.  Je n'ai jamais rien vu de tel.  Les photos ne rendent pas justice à la beauté du lieu.  Une profusion de stalagtites, stalagmites et autres formations rocheuses.



À la sortie, l'orage menace.  Encore une fois, j'ai tout juste le temps de trouver un motel en ville avant que l'orage n'éclate. 

À propos des orages, on ne parle que de ça aux nouvelles. Des orages violents s'abattent un peu partout sur la région entre Harrisburg à l'ouest et vers Washington DC à l'est, causant des dommages importants à certains endroits.

L'orage passe rapidement et je peux marcher pour aller souper à un petit hôtel que j'ai remarqué en passant, le "Victorian Inn".


Voici une anecdote qui en dit long sur l'art culinaire dans ce coin de pays.  La propriétaire venait de racheter le commerce après y avoir travaillé.  Il n'y avait pas de vin à vendre puisqu'elle devait attendre quelques jours pour recevoir son permis d'alcool.  Après cette première petite déception, je commande un steak, cuisson "rare" (saignant).  Le steak arrive, il est medium-bien cuit !  Je le retourne et on m'en rapporte un avec la bonne cuisson cette fois-ci.  Jusque là, c'est banal.  Ce qui est drôle, c'est que la propriétaire s'est pointé quelques minutes plus tard pour s'enquérir de la personne qui avait demandé un vrai steak "rare" !  Elle m'expliqua qu'ici, les gens mangent le steak bien cuit, à son grand désarroi et qu'elle avait pris l'habitude de servir un steak medium lorsque quelqu'un demandait "rare".  Elle était toute contente de rencontrer quelqu'un qui savait manger le steak comme il se doit, et surtout, qui savait comment le commander !! Nous avons bien rit et continué à parler du restaurant, de ce qu'elle espérait en faire, de la vie de restauratrice avec les enfants etc.  Un moment agréable.

Demain: de retour sur la Skyline Drive !



Vendredi 6 août, Dickey Ridge Center, 61 km


Aujourd'hui, c'est la dernière journée de ce périple annuel à vélo.  En principe, je devrais être de retour à mon auto cet après-midi.

La route à suivre est simple: la Main de Luray vers l'est, et ensuite la Skyline Drive vers le nord.





En chemin, la route est belle, il y a plusieurs motels qui auraient constitués de bon choix si j'avais su leur existence.  En plus j'aurais été plus proche de la Skyline.  C'est bon à savoir pour quelqu'un qui voudrait débarquer de la Skyline pour trouver un motel.

Ça monte, sans relâche pendant 7 km.


À mi-chemin, la montée commence.  Moins à pic que la montée sur la Blue Ridge Parkway à partir de Sherando Lake mais plus longue, environ 7km pour 1300 pieds de montée environ.


Ensuite, je me retrouve en terrain connu -  la Skyline.
Voici la "Main" de Luray





Je parcours les derniers kilomètres en savourant chaque instant, même si la chaleur est au rendez-vous.

Je fais la rencontre d'un couple de cyclistes de Sherbrooke, Céline et Denis.  Après avoir discuté un peu et vérifié le dérailleur de Denis qui ne fonctionnait pas bien, je repars.


En arrivant à mon auto, Oh surprise !  On a terminé le pavage du stationnement pendant mon absence.  Le pavage a été fait en contournant ma voiture ! Tordant.





Épilogue

Les automobilistes:

Les conducteurs étaient très courtois en général.  Dans les pires cas, il s'agissait d'automobilistes qui, voulant me dépasser sans attendre la longue ligne droite, me laissaient beaucoup d'espace mais se retrouvaient presque face-à-face avec les automobiles arrivant en sens inverse, créant ainsi une situation potentiellement dangereuse, pour eux et les autres.  De nombreux automobilistes, RV et autres attendaient que la voie soit libre pour me dépasser en circulant complètement dans l'autre voie. 

Il m'est arrivé, lorsque je voyait arriver un gros RV derrière moi, de m'enlever de la route pour faciliter les choses à tout le monde.

Une fois, entendant une grosse moto qui attendait patiemment derrière moi, je me tasse sur le coté et je le salue. Le conducteur m'a alors dépassé avec un grand sourire et me disant "You didn't have to do that !

Comme quoi la majorité des gens sont là pour se promener et tout est relax.


Les blues:

Il faudra que je m'habitue,  il semble qu'à chaque fois, il faut que je passe par une période de blues au début du voyage.  Les raisons sont variées: mal du pays, solitude, stress, inquiétude au sujet du planning et quoi d'autre...

Mais à la fin de chaque voyage, je reviens enthousiasmé et prêt à repartir.


Le vélo:

Le Surly Long Haul Trucker a été parfait.  Très stable et solide.  Il a performé comme je le souhaitais, au point de me faire regretter mes premiers voyages avec le Devinci Caribou. 

4 commentaires:

Denis Roussel a dit...

Wow, quel voyage. Tu as pas mal de caractère ou tu es orgueilleux ou les deux.
Marc je pense que c'est ton meilleur texte parce que tu nous fais partager tes états d'âmes, ce qu'on ne voit pas beaucoup dans les récits de voyage.
Ton texte est bon aussi parce qu'il donne plein de renseignements à quelqu'un qui voudrait faire le même chemin que toi.

Moi aussi j'ai eu cet espèce de spleen au début de voyage en solitaire. Je suis content de voir que je suis pas le seul.

Defrag a dit...

Toujours aussi intéressant de te lire. Je me suis toujours demandé comment c'était les voyages de cyclotourisme en solo. Les miens sont trop concentrés pour que j'aie le temps d'avoir les blues!

Marc Pilon a dit...

Merci ! Je suis seulement de cette sorte de personne qui n'a pas peur de la solitude habituellement. Un mix d'introverti et un peu d'extroverti qui demande pas mieux que de sortir de temps en temps.

Le fait de voyager seul modifie complètement la dynamique d'un voyage. Je suis plus ouvert à rencontrer les autres.

Le sacrifice de voyager en solitaire, c'est le prix à payer pour être totalement libre de mes faits et gestes.

Nicolas Samson a dit...

Bonjour Marc,
On ne se connait pas mais j'ai trouvé ton blog par hasard sur le net. Je suis présentement à Waynesboro et je cherchais des rides de vélo dans les environ. Moi aussi je fais le voyage en solo, mais de luxe, en hotel! Ton blog m'aide beaucoup à trouver de bonnes routes et m'encourage dans mon voyage. C'est très intéressant à lire également! Merci de nous partager tout ça!
Nicolas